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Sept mois nous séparent à présent du séisme qui a frappé Haïti en début d’année. Un temps qui passe certainement trop lentement pour ceux qui ont à vivre, ou à survivre, dans des conditions difficiles, liées à la reconstruction du pays et à son extrême précarité. Un temps qui passe trop lentement au regard de ceux qui, en France ou ailleurs, plaident encore pour l’accélération des procédures d’adoption internationale des enfants concernés.
Ainsi, l’association SOS Haïti enfants adoptés a-t-elle récemment sommé Bernard Kouchner d’accélérer la venue en France des enfants dont le dossier d’adoption est, semble-t-il, complet. Une pédopsychiatre chargée de faire une expertise sur mandat de l’Aide Sociale à l’Enfance de Paris, a récemment confirmé qu’il était favorable de maintenir un tel dispositif pour la délivrance des passeports, afin d’éviter que les enfants n’aient à attendre trop longtemps dans des lieux de placement inadéquats. Elle a également souligné la nécessité d’aider les crèches et les professionnels engagés sur le terrain.
D’autres professionnels de l’adoption, en France, condamnent au contraire la confusion entre l’adoption et l’aide humanitaire que cette mesure exceptionnelle induit : ainsi, pour le Dr Lévy-Soussan, le « rapatriement » d’urgence d’enfants haïtiens en France n’est pas cohérent avec le sens d’un projet d’adoption qui vise à construire une famille. Adopter suppose en effet, du point de vue de l’enfant comme des parents, bien d’autres implications psychiques qu’un accueil, un hébergement ou même une éducation.
Alors que le débat fait rage et divise l’opinion publique, la reconstruction du pays avance progressivement. Ainsi, certains des enfants séparés de leur famille suite au séisme ont-ils été pris en charge par la délégation française de la Croix-Rouge aux Antilles, identifiés puis, dans la mesure du possible, rapatriés auprès de leurs proches. Terre des Hommes joue également le rôle d’une organisation de référence pour les enfants non accompagnés dans certaines régions de l’île. Elle participe aussi à la révision de la Loi sur l’adoption actuellement discutée au Sénat et, tout en proposant son aide aux enfants et aux familles dans le département de l’Ouest du pays, plaide en faveur de l’amélioration des conditions qui encadrent l’adoption internationale en Haïti.
Au-delà des divergences qui opposent les experts et du débat actuel, nécessaire à l’évolution de l’opinion collective dans nos démocraties, nous saluons le travail accompli par tous ceux qui, jour après jour, améliorent par leurs actions, et par la réflexion qui les sous-tend, le sort des enfants et des familles touchés par cette catastrophe.
Le 26 mai passé, dans la ville de Morges, un enfant voyait le jour dans des circonstances particulièrement dramatiques. Cette naissance, et l’abandon qui lui a immédiatement succédé, nous bouleversent, nous touchent profondément et nous interpellent.
Comment qualifier cet acte ? Comment le nommer pour en faire un événement pensable et compréhensible ? Dans cette histoire si proche géographiquement et si éloignée de ce que notre société associe à la naissance et à la maternité, le terme d’abandon prend tout son sens. Dans ce mot résonne celui de ban et de don. Si don il y a eu, c’est celui, miraculeux, de la vie et de sa force. Mais de cette vie à peine naissante, beaucoup d’éléments essentiels semblent avoir été bannis : la présence d’une mère prête à accueillir son enfant au terme de ce passage éprouvant et celle d’un tiers à leurs côtés.
Faisant face à tant d’absence, le corps social se mobilise autour du nouveau-né. Pour que de survivre il puisse vivre, cette communauté est nécessaire. C’est elle qui, pour l’instant, le reconnaît comme un des siens, l’accueille, le nomme et prend soin de lui au quotidien. Elle veille aussi à donner un sens à son passé et une direction à son futur. Tous deux sont interdépendants et incertains.
De ce futur à venir, que peut-on imaginer ? Dans le cas d’une adoption, l’une des questions essentielles qui se pose est de savoir comment, le jour venu, les parents de cet enfant lui parleront de sa naissance si singulière et des nombreux points d’interrogation qui l’accompagnent. Mais comment se prépare-t-on à communiquer la vérité d’une telle histoire ?
Cette question, commune à certaines familles adoptives, nous amène à réfléchir au poids des mots, à leur profondeur, à leur densité, à l’effet qu’ils exercent sur le psychisme de ceux qui se préparent à les dire et de ceux qui ont à les entendre, puis à les comprendre.
En mars dernier, nous avons évoqué l’important et nécessaire travail d’enquête réalisé en Haïti par Terre des Hommes sur mandat de l’UNICEF. Le rapport qui en a été tiré est gracieusement mis à disposition du public par l’intermédiaire du site Internet de Terre des Hommes. Cependant, bien que les conditions encadrant l’adoption internationale dans cette région du monde doivent impérativement être améliorées, il convient également de ne pas stigmatiser cette forme particulière de filiation si souvent mise en question (et en doute) dans les médias.
C’est pourquoi nous souhaitons mettre en lien avec les informations que délivre le rapport de Terre des Hommes, un autre texte, publié au début du mois par le journal Le Monde et intitulé « L’adoption internationale n’est pas une prédation ». Ecrit par Patricia Mowbray, il témoigne d’un engagement profondément personnel dans le paysage de l’adoption et nous rappelle que cette façon de faire famille représente également une mesure de protection de l’enfance de plus en plus souvent encadrée par l’éthique du droit international.
C’est aussi un parcours singulier, une histoire de vie qui parvient à se construire malgré l’adversité qui caractérise son point de départ : « pour moi », écrit Patricia Mowbray, l’adoption est une seconde naissance, un choc salutaire qui peut se transformer en atout pour mieux interpréter et apprécier la diversité du monde qui nous entoure. »
- Hoffstetter, M. & Freire, F. (2005) « L’adoption internationale en Haïti : évaluation rapide ». Une publication de Terre des Hommes et de l’UNICEF.
- Mowbray, P : (2010) « L’adoption internationale n’est pas une prédation. » Le Monde.
Une triste histoire de « désadoption » fait la une de l’actualité : un garçon d’origine russe et âgé de sept ans vient d’être renvoyé à Moscou, sans préavis ni accompagnement, par sa famille adoptive américaine.
Cet événement dramatique et choquant révèle, d’une part, que les parents qui choisissent d’adopter peuvent aussi devenir auteurs de maltraitance et se retrouver, paradoxalement, dans la situation d’abandonner leur enfant. Mais au delà de ces éléments personnels, liés à l’histoire individuelle d’une famille particulière, un tel incident éclaire les failles d’un système social dans son ensemble. En effet, comment peut-on imaginer qu’une famille soit si mal préparée à l’accueil d’un enfant grand, sachant combien ce type d’adoption implique des difficultés supplémentaires ?
Pour lire la suite de cette réflexion, cliquez ici.
A bientôt trois mois du séisme, alors que la situation du pays se stabilise peu à peu et que l’exposition médiatique dont il a bénéficié récemment se réduit comme peau de chagrin, nous tenons à souligner que nos préoccupations concernant l’adoption en Haïti se prolongent, en amont comme en aval de ce drame.
Comme beaucoup de professionnels et de personnes concernées, nous ne pouvons que nous interroger, voire nous inquiéter de la façon dont l’adoption internationale s’y organise, hier comme aujourd’hui. En témoigne le rapport d’enquête réalisé en 2005 par des consultants de Terre des Hommes mandatés par UNICEF et selon lequel Haïti représente un terrain très fertile pour l’adoption dite « commerciale ». L’actualité récente et le violent débat que suscite l’évacuation d’urgence d’enfants haïtiens adoptés en France reflètent, tel un miroir grossissant, les failles du système en général.
Nous espérons que la communauté internationale, les gouvernements impliqués et les personnes qui souhaitent adopter un enfant d’Haïti tirent les leçons qui s’imposent suite à cet évènement, dans la continuité des recommandations faites par les experts, pour que soit mieux défendu l’intérêt supérieur de l’enfant, mais aussi celui de ses différentes familles.
Pour en savoir plus :
Il y a quelques semaines, alors que la question d’accélérer les procédures d’adoption d’enfants haïtiens se posait pour différents pays d’Europe et d’ailleurs, nous avions souligné l’importance d’offrir aux personnes concernées des espaces de soutien psychologique où il serait possible d’élaborer sa souffrance, de la partager avec d’autres et de prendre appui.
Aujourd’hui, la situation est toute autre. Plusieurs centaines d’enfants dont la procédure d’adoption était presque finalisée sont effectivement partis à la rencontre de leurs parents. Se pose alors la question de savoir comment les accueillir au mieux dans leur nouveau pays, au moment même de leur descente de l’avion, puis au sein de leur nouvelle famille. Comment aménager pour celles-ci des prises en charge qui soient suffisamment accessibles, contenantes et favorables à la construction de ces premiers liens.
La nécessité de proposer un accompagnement spécifique à ces familles s’impose aux professionnels. En effet, le défi est de taille : comment devenir parents d’un enfant qui vient de traverser des épreuves hors du commun, sidérantes à plus d’un titre ? Dans ce contexte particulier, à la fois privé et politique, intime et médiatique, comment devenir parent tout en tenant compte des blessures psychiques de son enfant, dont les traces peuvent être plus ou moins visibles ? Un certain équilibre est à trouver, entre le soutien reçu des spécialistes et la création, selon une recette qui n’appartient qu’à soi, d’un tissage unique de liens affectifs, filiatifs et familiaux.
Une collaboratrice d’Espace adoption contribuera à la Conférence organisée à Strasbourg les 30 novembre et 1er décembre par le Conseil de l’Europe et la Commission de l’Union européenne, sur le thème « Les enjeux dans les procédures d’adoption en Europe : garantir l’intérêt supérieur de l’enfant ».
Sur base de notre expérience avec les enfants et les familles, mais aussi de son expérience avec les pays d’origine, elle abordera la délicate question du «droit de l’enfant à une famille».
Après Le Temps (le 31 août 2009), c’est au tour de l’Hebdo (le 3 septembre 2009) d’associer abusivement le fait d’avoir été adopté et la propension aux comportements dangereux. Se fondant sur les conclusions scientifiques suisses les plus récentes, Espace adoption a réagi auprès de ces deux médias par un courrier des lecteurs.
Pour lire notre courrier, cliquez ici !
Blaise Pierrehumbert, Privat Docent à l’Université de Lausanne, nous a demandé de l’accompagner en Roumanie en juin 2009, pour animer une formation que l'ORA (la structure gouvernementale pour l'adoption) voulait donner aux assistants sociaux et psychologues qui travaillent dans les structures locales de tout le pays.
Ces professionnels, 20 assistantes sociales et 5 psychologues, souhaitaient approfondir la théorie de l’attachement, en vue d’une application dans leur travail pratique d’évaluation et de suivi de familles adoptantes. Il s'agit, bien entendu, d'adoption nationale.
La présence d’une collaboratrice d’Espace adoption dans ces journées a permis d'échanger sur nos pratiques concernant la préparation des futurs parents, et de proposer quelques pistes quant à notre appréhension de la théorie de l'attachement au regard des difficultés que rencontrent certains parents.
Les partages avec les participantes nous ont permis de prendre la mesure des difficultés bien spécifiques rencontrées par les évaluatrices et psychologues accompagnant les parents. En effet, avoir recours à l'adoption pour créer une famille est encore connoté négativement, comme le témoigne le fait qu'un grand nombre de pères sont réfractaires à l'idée de parler d'adoption à l'enfant ou à leurs proches. Le « dévoilement » a souvent lieu au moment de l'adolescence, ce qui entraîne de grandes difficultés dans la famille.
Cette expérience d'échange de pratiques a souligné pour nous la nécessité, lorsque nous préparons les futurs parents à Genève, de tenir compte des coutumes et représentations des pays d’origine.
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Le 11 septembre, Espace adoption a participé à cette journée avec l’ensemble des autorités, intermédiaires et intervenants.
Pour l’intervention d’Espace adoption, Du côté des adoptants…, cliquez ici. Pour les Actes complets de cette journée, ainsi que du Colloque universitaire sur le même thème du 12 septembre, en allemand et en français, voir I. SCHWENZER (éd.), Internationale Adoption, Collection de droit de la famille FAMPRA.ch, Band 11, Stämpfli Verlag, Berne, 2009 (disponible en prêt à Espace adoption).
Sur base de données statistiques et d’expériences, les professionnels se sont montrés assez d’accord sur un diagnostic d’insuffisance et d’éparpillement des ressources en matière d’adoption internationale en Suisse, empêchant la spécialisation et l’amélioration qualitative de l’encadrement et du support offerts aux futurs parents et aux familles.
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